Voyage en Bretagne. (Gustave Flaubert)

"Par les champs et par les grèves"

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En 1847, Flaubert et son ami Maxime Du Camp décident de faire un voyage en Bretagne. Sac au dos et bâtons de pélerins, ils prennent le train jusqu'à Blois. Leurs visites commencent là ; racontée avec humour, leur aventure nous fait découvrir cette région au milieu du 19ème siècle. Ils parcourent la Bretagne soit à pied, soit avec des moyens de locomotion trouvés sur place. On les imagine loin de la capitale, tels des enfants courant sur le sable, escaladant les rochers, couchant parfois à la belle étoile, ...

Leur séjour à Carnac (page 122) est raconté de façon plaisante. Il parle de l'auberge  :

Ce lieu était si honnête, si bénin, exhalait un tel parfum de candeur, une modestie si bête, mais si douce, la grande armoire à ferrements de cuivre brillait si propre sous les cuvettes de Russie qui en ornaient la corniche, et les paniers d’osier crochés au sommier avaient l’air, comme tout le reste, si tranquille et si bonhomme que nous décrétâmes de suite que Carnac nous plaisait et que nous y resterions quelque temps.

Nos fenêtres donnaient sur la place de l’Eglise, où des enfants jouaient aux billes à l’ombre d’un tilleul. C’était là l’unique bruit du village, il n’y passe pas de voiture, il n’y a pas de boutiques et tout le pain qu’on y mange se cuit là en bas, dans la cuisine, dont la moitié est consacrée à une boulangerie.

Et parlant des habitants :

Quoique ne parlant pas le français et décorant leurs intérieurs de cette façon, on vit donc là tout de même, on y dort, on y boit, on y fait l’amour et on y meurt tout comme chez nous; ce sont aussi des humains que ces étres-là.

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Leur visite aux champs de menhirs :

II serait trop absurde, étant à Carnac, de ne pas aller voir les fameuses pierres de Carnac; aussi nous reprîmes nos bâtons et nous nous dirigeâmes vers le lieu où elles gisent. Voilà donc ce fameux champ de Carnac qui a fait écrire plus de sottises qu’il n’a de cailloux; il est vrai qu’on ne rencontre pas tous les jours, des promenades aussi rocailleuses.

Saint Corneille un jour, poursuivi par des soldats qui le voulaient tuer, était à bout d’haleine et allait tomber dans la mer, quand il lui vint l’idée, pour les empêcher de l’attraper, de les changer tous en autant de pierres. Aussitôt, les soldats furent pétrifiés, ce qui sauva le saint. Mais cette explication n’était bonne tout au plus que pour les niais, les petits enfants et pour les poètes, on en chercha d’autres.

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Un certain docteur Borlase, qui avait observé en Cornouailles des pierres pareilles, a dit aussi son petit mot là-dessus. Selon lui, on a enterré là des soldats à l’endroit même où ils avaient combattu. Où diable a-t-il vu qu’on les charriât ordinairement au cimetière? ....

On a été ensuite chercher les Grecs, les Egyptiens et les Cochinchinois. II y a un Karnak en Egypte, s’est-on dit, il y en a un en Basse-Bretagne, nous n’entendons ni le cophte, ni le breton; or, il est probable que le Carnac d’ici descend du Karnak de là-bas, cela est sûr, car là-bas, ce sont des sphinx alignés, ici ce sont des blocs, des deux cotés de la pierre. D’où il résulte que les Égyptiens (peuple qui ne voyageait pas) seront venus sur ces côtes (dont ils ignoraient l'existence), y auront fondé une colonie ( car ils n'en fondaient nulle part) et qu’ils y auront laissé ces statues brutes (eux qui en faisaient de si belles) ....

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Un monsieur qui était membre de l’Institut a estimé que c’était le cimetière des Vénètes, qui habitaient Vannes, à six lieues de là, et lesquels fondèrent Venise comme chacun sait. Un autre a pensé que ces bons Vénètes vaincus par César élevèrent ces pierres à la suite de leur défaite, uniquement par esprit d’humilité et pour honorer César ! ....

Il termine par ceci :

Après avoir exposé les opinions de tous les savants cités plus haut, que si l’on me demande à mon tour, quelle est ma conjecture sur les pierres de Carnac, car tout le monde a la sienne, j’émettrai une opinion irréfutable, irréfragable, irrésistible,..... cette opinion la voici : les pierres de Carnac sont de grosses pierres !

IMG_2594bLeur arrivée à Quiberon, l'attente de la malle-poste venant de Plouharnel, la traversée en bateau pour aller à Belle-Ile, le tour de l'île sur les rochers : de bons moments de lecture ! Il en est de même pour l'ensemble de l'ouvrage, que je n'ai pas encore terminé.

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